Hélène Noizet, “Parcelles d’histoire. Paris au Moyen Age”, 2026
Une nouvelle référence pour l’archéogéographie urbaine et l’histoire médiévale : à propos du livre Parcelles d’histoire. Paris au Moyen Âge d’Hélène Noizet (2026)
Ce billet de blog est proposé par Emilie Cavanna, archéogéographe au Pôle archéologique de la Ville de Paris et membre de l’AFAG.
Hélène Noizet, Parcelles d’histoire. Paris au Moyen Âge, Presses universitaires de Vincennes, 2026, 336 p., préface de Joseph Morsel.
Hélène Noizet, professeure d’histoire médiévale à Paris 8 et membre fondateur de l’AFAG, vient de publier une synthèse brillante – et désormais incontournable – de ses travaux sur la morphologie urbaine parisienne : Parcelles d’histoire. Paris au Moyen Âge. Sa problématique est simple : « que doit la ville actuelle au Moyen Âge » ? La réponse va à l’encontre d’une idée tenace dans l’historiographie parisienne : l’auteure démontre que Paris doit davantage ses formes actuelles au millénaire médiéval qu’à l’Antiquité.
Le cadre théorique rompt explicitement avec la « loi de persistance du plan » de Pierre Lavedan au profit du paradigme de la « transformission » proposé par Gérard Chouquer et l’école française d’archéogéographie : les formes ne durent pas par inertie, mais parce qu’elles sont constamment reprises, réappropriées et transformées par les sociétés qui les habitent, avec parfois des temps de latence étonnants entre la production d’une forme et sa reprise ou son rejeu. Dans Faire ville. Entre planifié et impensé, la fabrique ordinaire des formes urbaines co-écrit avec l’historienne de l’architecture Anne-Sophie Clémençon (PUV, 2021), Hélène Noizet avait déjà posé les bases théoriques de ce positionnement résolument archéogéographique.
Adossé au projet ALPAGE (programme ANR) qui avait produit en 2013 l’ouvrage collectif Paris de parcelles en pixels et son robuste webSIG géohistorique, Parcelles d’histoire démontre, en s’appuyant sur la masse des données vectorisées depuis 15 ans, que les pratiques sociales médiévales ont produit des formes urbaines originales et résilientes : les polarités ecclésiastiques, l’armature viaire, les lotissements et parcellisations médiévales ont en effet durablement structuré le tissu urbain et sont encore lisibles dans le cadastre du début du XIXe siècle (plans parcellaires de Vasserot, 1810-1836).
Pour les mettre en évidence, Hélène Noizet a mobilisé des indicateurs géométriques classiques (superficie des îlots, parcelles et surfaces bâties, densité et longueur des voies, orientations planimétriques, etc.) et d’autres, plus sophistiqués, calculés grâce à la première version de l’extension MorphAL pour QGIS (développé par Éric Grosso) : l’étirement (rapport entre la plus grande longueur et la plus grande largeur d’une parcelle) et la rectangularité (distance surfacique d’un polygone avec son rectangle minimum englobant). Ces indicateurs quantitatifs sont systématiquement mis en relation avec des données historiques de natures très différentes — actes diplomatiques, églises, enceintes, seigneuries, paroisses, structures archéologiques, fiscalité en 1300, hydrographie et relief anciens — dans une logique de corrélation statistique dont les résultats sont présentés sous forme de nombreux tableaux et cartes.
Le chapitre le plus original – la déambulation poétique de Guillot à Paris – cartographie une source littéraire, le Dit des Rues de Paris (écrit vers 1300), et montre que cette liste poétique énumérant les rues parisiennes par quartiers est, littéralement, « une carte avant la lettre » des connexions spatiales et des pratiques urbaines (tavernes, prostitution, artisanat, bruits) à travers les lieux du quotidien et les obstacles à franchir.
Parcelles d’histoire. Paris au Moyen Âge est donc un ouvrage scientifique ambitieux sur le plan théorique, et méthodologiquement très cohérent. L’auteure apporte des contributions significatives sur trois dossiers : la validation du modèle des polarités ecclésiastiques formulé à partir de ses travaux antérieurs sur la ville de Tours (La fabrique de la ville. Espace et sociétés à Tours, PUS, 2007) ; le renouvellement de l’histoire du réseau viaire parisien du premier Moyen Âge ; la reconnaissance des lotissements urbains du XIIIe siècle par une articulation fine de l’analyse morphologique avec l’exploitation critique de la documentation écrite.
Les discussions à venir porteront sans doute sur les modalités d’intégration du bâti (composante absente, faute de corpus solide) et sur les moyens de généraliser le modèle parisien, fondé sur une densité de population exceptionnelle au Moyen Âge (250 000 habitants vers 1300). Il reste que la rigueur du croisement des sources, la clarté du cadre théorique et la qualité cartographique font déjà de cet ouvrage une référence incontournable pour l’histoire médiévale de Paris et des villes médiévales en général et pour l’archéogéographie en contexte urbain.
Pour citer ce billet : Emilie Cavanna, « Une nouvelle référence pour l’archéogéographie urbaine et l’histoire médiévale : à propos du livre Parcelles d’histoire. Paris au Moyen Âge d’Hélène Noizet (PUV, 2026) », Carnet de blog de l’AFAG, 4 avril 2026, https://archeogeo.hypotheses.org/6212 [Ne pas tenir compte de la proposition de citation par OpenEdition]

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OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Emilie Cavanna (3 avril 2026). Hélène Noizet, “Parcelles d’histoire. Paris au Moyen Age”, 2026. AFAG - Association française d'archéogéographie. Consulté le 7 octobre 2026 à l’adresse https://archeogeo.hypotheses.org/6212


